Frères de sang/ Richard Price

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« Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » oui si peu. Voilà qui pourrait être le sous-titre de ce roman de Richard Price, Frères de Sang, paru en 2010 en France mais écrit en 1976.
C’est d’ailleurs dans les années 70 que se joue l’intrigue du livre, au milieu du Bronx et au coeur d’une famille d’origine italienne, les De Coco. D’un côté Tommy et Marie et leurs deux enfants Stony et Albert. De l’autre Louie dit Chubby, le frère de Tommy et sa femme Phyllis. Une famille soudée, où les belles-soeurs se confient comme deux amies, où les frères Tommy et Chubby partagent les verres au bar, le même boulot d’électricien et les prostituées, où Chubby aime son neveu Stony comme un fils. Soudée oui mais pleine de souffrances rentrées et de non-dits. Les hommes trompent leurs femmes sans vergogne tout en les aimant (!). Le père et l’oncle souhaitent le meilleur pour Stony, ce grand adolescent de 18 ans qui se retrouve à l’heure des choix : la fac ou le travail. Mais Stony, lui, a un autre choix à faire : un boulot d’électricien bien payé mais qui ne serait que ce qu’attend de lui sa famille (afin de perpétrer l’histoire familiale où les hommes sont électriciens de père en fils) ou répondre à son véritable désir à savoir travailler avec des gosses. Parce que les gosses, il les aime, à commencer par son petit frère Albert, frêle enfant anorexique de 6 ans. Et c’est bien le seul qui semble s’en soucier : Tommy, son père l’ignore gentiment, sa mère Marie le harcèle méchamment. Mais pourquoi cet enfant refuse-t-il de manger ? Et ce n’est sûrement pas un psy qui règlera le problème, ça non !
Stony passe un marché avec son père : il travaillera deux semaines dans un hôpital au service pédiatrie puis deux semaines sur les chantiers avec son père. Puis il choisira. Les deux semaines à l’hôpital le révèleront à lui-même – tout semble clair : c’est bien là qu’il doit être. Mais le marché est passé, il ira donc faire son essai d’électricien auprès de son père si fier. Et une fois mis le pied dans l’engrenage, comment en sortir réellement ? Comment lutter contre l’atavisme quand la famille si présente, aimante à sa manière vous entraine, vous enchaine ? Et quand soudain tout déraille, Stony aura-t-il encore le choix ?
Bon roman sombre, dur, teinté d’alcool et de sexe, Frères de sang contient ici et là quelques lueurs d’espoir. Stony se révèle incroyable et lumineux auprès des enfants malades, capables de leur faire oublier leurs blessures. Mais la vie, l’entourage, la famille se muent en véritable rouleau compresseur qui balaie tout sur son passage et nous laisse un goût amer. Avec sa langue crue et sa violence latente, Richard Price livre un regard sans concession sur cet instant si particulier du « passage à l’âge adulte » et la capacité à réellement faire des choix.

Frères de sang de Richard Price (traduit de l’anglais (USA) par Jacques Martinache). Ed. Presses de la Cité / 2010

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