Mayaz 1 : Vies minuscules

Puisque je lis pas mal en ce moment mais que je n’écris pas régulièrement sur chacune de mes lectures, parce que certaines lectures font écho à d’autres, certains films à des lectures, la tendance sur ce blog ces prochains temps va être au « regroupement », mes petits « mayaz » (mélange en créole réunionnais).

Ainsi sous ce titre de « Vies minuscules » (emprunté certes à Pierre Michon mais dont il ne sera pas du tout question dans ce post…), deux lectures qui rendent, à leur manière, hommage à ces vies toutes simples qui auraient pu être celles de nos voisins, de nos cousins, de ces inconnus croisés au détour d’une flânerie ici ou là ou d’une pause en terrasse voire les vôtres, les nôtres… pourquoi pas ?

 

monnin-les-gens-dans-lenveloppe

Livre-concept
Le titre m’aurait attirée, un peu, la couverture pas vraiment mais c’est définitivement le billet coup de coeur d’Antigone qui m’a poussée à aller découvrir ce livre. Et grand bien m’en a pris !
Au départ de cette aventure – car bien plus qu’un simple livre, c’est une aventure qui s’ouvre là autant pour l’auteur Isabelle Monnin que pour le lecteur qui accepte de se faire embarquer – une enveloppe de photos de famille achetée en 2012 sur internet par Isabelle Monnin. « Dans l’enveloppe, il y a des gens, à la banalité familière et bouleversante ». Quelques clichés qu’on devine pris dans les années 70, des figures qui reviennent et petit à petit deviennent familières à l’auteur. Elle décide d’abord « de les inventer » puis « de partir à leur recherche ». Et le livre, atypique s’il en est, devient à la fois roman et enquête. Avec une contrainte : Isabelle Monnin écrit d’abord le roman, une pure fiction dont elle ne changera pas une ligne, après avoir enquêté sur ses personnages et révélé les véritables liens des personnages (devenues personnes) entre eux.
Dans la première partie fictionnelle, elle imagine « Laurence », petite fille vivant avec son père « Serge » après le départ de sa mère pour l’Argentine. Un abandon soudain, dicté par la passion pour un autre homme. « Laurence » grandit entre « Serge » le taciturne, perdu à jamais dans l’absence de sa femme, sa grand-mère « Mamie Poulet » et « Mimi », une tante qui ne cesse de courir.
La seconde partie ouvre sur un journal de bord d’Isabelle Monnin et retrace l’enquête qu’elle mène pour retrouver les « gens dans l’enveloppe », notamment après qu’elle a découvert que cette famille semble venir du même coin de France qu’elle. Petit à petit, elle retire les guillemets à ses personnages de fiction (avec quelques surprises) pour leur re-donner chair. De recherches internet en coups de fil, en passant par quelques heures aux archives, elle réussit à prendre contact avec la famille des photos, reconstitue les liens et avec leur permission, livre un nouveau récit, tout aussi  – et si ce n’est plus touchant – que le roman de départ.
Son ami auteur, compositeur et interprète Alex Beaupin s’associe très tôt au projet : les « gens dans l’enveloppe », il voudrait en faire des chansons.
Et naissent ainsi, à travers cet objet-livre-CD, trois projets (un roman, une enquête et un CD) intimement liés. La famille retrouvée accepte même de participer à l’enregistrement et après avoir lu l’enquête, j’ai découvert leurs voix avec une certaine émotion, il faut bien l’avouer. Car comme Isabelle Monnin a appris à les découvrir, les apprivoiser, nous nous attachons, nous aussi, à ces Gens dans l’enveloppe qui ont désormais un prénom : ils s’appellent Laurence, Michel, Germaine… Ils sont ces gens normaux qui ont un jour croisé Isabelle Monnin et Alex Beaupin et leur projet un peu fou, ils sont de nouveaux compagnons de route (pour nous aussi, lecteurs), des « personnages » au-delà de toute fiction qui se livrent pudiquement et nous touchent profondément.
Les Gens dans l’enveloppe d’Isabelle Monnin (avec Alex Beaupin). Editions JC Lattès/ septembre 2015

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Eux c’est nous
L’artiste Martin Jarrie est accueilli par la ville de Saint-Gratien pour faire un travail sur la ville et ses habitants. Il livre ainsi quinze portraits (peintures) et demande à chacun d’apporter un objet qui compte à leurs yeux. Naît aussi l’idée d’un livre et pour le texte, Martin Jarrie pense à François Morel avec qui il a déjà collaboré pour l’album, Hyacinthe et Rose (paru Chez Thierry Magnier). A partir des portraits et objets, François Morel invente, avec le talent sensible qu’on lui connaît, des bribes de vie. Ce pourrait être vous, moi, cette voisine toujours souriante, cet homme un peu taciturne qui habite le quartier, ce jeune homme croisé un jour en ville. Ce ne sont pas des stars, ils ne feront jamais la une des magazines, ils sont juste ces gens parmi lesquels nous vivons, sans peut-être jamais les remarquer. Et de ces histoires (presque) banales naissent quelques attachements…
La vie des gens de François Morel et Martin Jarrie. Ed. Les Fourmis Rouges/ 2015 (album paru en grand format en 2013 chez le même éditeur).

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4 réflexions sur “Mayaz 1 : Vies minuscules

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