Les grandes et les petites choses – Rachel Khan

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Enfant, Nina danse beaucoup et chante pour les hommes à la synagogue. Mais à 14 ans, elle est priée de changer de discipline : exit la danse classique car son corps ne correspond pas aux normes et fini le chant car elle doit désormais intégrer la partie des femmes à la synagogue. Nina grandit et la vie le lui fait comprendre de manière pas très tendre.
A 18 ans, étudiante en droit à la prestigieuse Université d’Assas, Nina voudrait croire qu’elle est comme les autres, se fondre dans la masse, que Chauvel, un de ses profs, s’adresse à elle avec le même sourire qu’il lance à ses copines plutôt que de lui distribuer, sans explications, des 3/20 chaque fois qu’il rend les copies. Nina apprend sa différence. Elle porte en elle une culture métisse : la peau noire de son père gambien et au fond du cœur la judéité de sa mère.

Ma mère m’a faite noire pour que je m’en sorte toujours, pour que ma cachette à moi, ce soit la couleur de ma peau. Mon père m’a faite blanche pour que je n’aie pas à prendre le bateau à fond de cale et que j’aie des papiers en règle. Je n’ose pas leur dire que je n’aie rien à voir avec leurs histoires, parce qu’on a toujours plus à voir avec les histoires des livres. Je peux plus me défausser. Alors demain j’irai en cours, puis à la bibliothèque Cujas, ouvrir des livres comme on ouvre des portes.

A l’heure du « passage » à l’âge adulte, cette histoire plurielle devient presque un fardeau pour Nina qui tente, dans les blessures familiales, de se définir, de trouver son propre chemin. Un jour, Nina se met à courir : elle se découvre gazelle et goûte les sensations du corps dans l’effort, pur plaisir physique. Nina se cherche, affronte ceux qui voudraient la voir ailleurs, provoque. Et Nina s’apprivoise, petit à petit. Désormais Nina courra, elle sait pourquoi.

C’est l’heure de la finale. Un peuple africain déchiré, un numéro sur le bras de mon grand-père. J’ai en moi la déportation, la colonisation, l’immigration et, à la vitesse où vont les choses, je me demande ce que pourront encore inventer les prochains tyrans de l’humanité. Mais je serai plus rapide qu’eux.

Roman ou autobiographie romancée (on se pose sans cesse la question tant la vie de Nina Gary se mêle à celle de son auteur – Nina Gary étant d’ailleurs le nom de scène (comédienne) de Rachel Kahn, Les grandes et les petites choses est un livre sensible sur la construction de soi et l’importance d’être en paix avec le poids du passé pour mieux appréhender l’avenir. Nina porte en elle les histoires de ses parents qui font sa richesse et apprend, tout au long de ce joli roman touchant, à éclore et bâtir, avec tous ces fragments, une identité qui lui est propre.

Encore une jolie découverte que je dois à l’aventure des 68 premières fois !

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Les grandes et les petites choses de Rachel Khan. Editions Anne Carrière/ février 2016

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2 réflexions sur “Les grandes et les petites choses – Rachel Khan

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