Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

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Deux ans dont les journées étaient consacrées à l’enfant, au corps de l’enfant, à son bien-être. Deux ans en vase clos.

Deux ans qu’elle est mère, du mieux qu’elle peut dans un monde sans compassion qui sans cesse crache ses injonctions : il faut être aimante, bienveillante, organisée, forte, dévouée. Il faut sourire, travailler, aimer. Mais la vie de « maman solo » comme on dit dans les magazines, cela ressemble souvent peu aux couleurs du papier glacé. Quittée du jour au lendemain sans même une explication par le père de l’enfant, elle lutte chaque jour pour maintenir à flot son monde qui s’est brusquement étriqué : de l’appartement au parc, du parc à la supérette. Son emploi de graphiste free-lance lui permet à peine de joindre les deux bouts mais comment bosser quand on ne peut pas faire garder son bambin, quand le moindre rendez-vous vous ramène à la même situation inextricable ?

Alors elle rêve, doucement, d’un moment, petit tout petit, rien qu’à elle. Oser sortir, marcher, respirer une demie-heure, une heure, peut-être deux quand l’enfant dort. Sortir sans qu’il s’en rende compte, sortir sans que personne ne s’en rende compte, ni la concierge, ni les voisins, sortir pour respirer un autre air que celui de la fusion. Aller un peu plus loin chaque fois, reculer l’heure du minuteur sur le téléphone, être libre… Vraiment ?

Elle y pense depuis des heures. Elle y pense en regardant l’enfant étaler son yaourt sur la table. Elle y pense en le voyant lancer ses petites voitures contre la porte. En ramassant les jouets, en remplissant le lave-vaisselle, en épongeant le sol trempé après le bain, elle y pense tout le temps. Ce soir, elle ressortira. Elle s’accordera eux heures cette fois. Deux heures juste le temps de rejoindre le fleuve. Elle croisera des silhouettes, des visages, on la croira libre.

C’est à Babelio (et aux éditions Gallimard) que je dois ma première incursion dans l’univers de Carole Fives dont je n’avais, jusqu’ici, croisé aucun titre. Voilà donc un heureux hasard : Avec Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives sonde avec acuité et justesse l’intime, des petits gestes du quotidien aux tourments intérieurs. Son héroïne s’interroge sans cesse sur cette vie qu’elle subit, sur cet amour inconditionnel, fusionnel qui la lie à son petit enfant et l’enferme, l’isole. Quand on a personne à qui parler, à qui se confier, auprès de qui prendre conseil, il reste, dans la solitude des soirées, les forums. A travers chaque recherche de la jeune femme, Carole Fives donne à voir toute la complexité de cette situation de mère célibataire isolée face aux injonctions et aux jugements parfois violents de notre société. Un roman qui m’a donné envie d’aller découvrir plus avant l’écriture et les thèmes de Carole Fives.

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Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives. Editions L’arbalète Gallimard/ 2018. #RL2018

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4 réflexions sur “Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

    1. Je le trouve vraiment très juste dans son analyse fine aussi bien de la société (réseaux sociaux, injonctions, jugements violents derrière un écran) que de l’intimité de cette mère aimante qui cherche à pouvoir parfois être un peu moins mère, à ne plus être que délimitée par sa maternité. Une jolie découverte que cette auteure !

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