Miss Sarajevo – Ingrid Thobois

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D’Ingrid Thobois, je ne connaissais que vaguement le nom, associé à l’un de ses titres, Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés paru il y a quelques années. Encore une fois, c’est grâce à une proposition de Babelio que j’ai pu avoir le plaisir de plonger dans sa langue empreinte de poésie douce. La douceur pourtant, il en est bien peu question dans Miss Sarajevo. Joaquim, photographe d’une quarantaine d’années, se voit obligé de se rendre à Rouen – la ville de son enfance et de ses parents – sur l’injonction testamentaire de son père. Il n’y a plus mis les pieds depuis près de 20 ans, vivant comme en perpétuelle fuite, sans attache, toujours entre deux avions, deux pays, deux reportages. Ce qu’il fuit depuis tant d’années, c’est justement cette famille – et ce père froid – qui n’a jamais su ni prévoir le malheur ni réussi à exprimer la douleur. Tout a brutalement implosé quand Viviane, la soeur diaphane de Joaquim a disparu. Tout était prévisible et pourtant, il fut plus simple pour leurs parents d’ignorer la lente mais inexorable destruction de leur fille. Puis il a fallu continuer et face au silence assourdissant de ses parents, Joaquim a choisi de partir. La mort avait frappé, brutalement, ici à Rouen, il allait s’y confronter, la défier, là-bas en plein siège de Sarajevo.

Joaquim ignorait que le temps emporte tout, et que très peu de fratries résistent au courant de devenir adulte. Passé un certain âge, la plupart des frères et soeurs ne partagent plus que des souvenirs qui coïncident rarement. Pourtant, à la mort de l’un, à la mort de l’une, fût-ce à des âges canoniques, ce n’est jamais que celui ou celle de la petite enfance qu’on enterre : cette cadette dont l’arrivée provoqua une perte jamais compensée, cet aîné dont on chercha sa vie entière à se faire aimer.

Le temps d’un trajet Paris-Rouen affluent les souvenirs de cette année 1993 où se bousculent la douleur insoutenable de la perte et la pulsion de vie qu’il a découvert au milieu de cette guerre où chaque sortie, chaque journée est un défi à la mort. Et ce sont aussi les contours d’une famille réfugiée derrière les non-dits et les fausses ignorances que livre Miss Sarajevo. Une famille bancale, aux êtres blessés qui ne semblent jamais avoir trouvé comment s’appuyer les uns sur les autres.

Dans une langue qui tient presque de l’envoûtement, Ingrid Thobois offre avec Miss Sarajevo un portrait mélancolique et bouleversant. Une des mes premières découvertes de la rentrée littéraire mais assurément un des titres qui me marqueront ! Merci à Babelio & à l’éditeur pour cette découverte !

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Miss Sarajevo d’Ingrid Thobois. Editions Buchet-Chastel/ Qui Vive/ 2018

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2 réflexions sur “Miss Sarajevo – Ingrid Thobois

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