Rêves oubliés – Léonor de Récondo

PAL_derecondo_reves-oublies

Iduri, mon tout petit, c’est cela aussi l’exil. Ne pas savoir dire, ne pas être là où nous devrions. Et, à chaque instant, avaler cette honte indigeste qui nous brûle le ventre.

Il ne reste plus que quelques jours de travail avant qu’Aïta aille rejoindre son épouse Ama et leurs trois fils en vacances à Irun. Des retrouvailles qu’Ama attend, elle aussi, avec impatience tant ces deux-là s’aiment et ont du mal à être séparés trop longtemps. Mais dans cette Espagne qui commence à être secouée par la guerre, ces vacances rêvées marqueront le début d’une nouvelle vie faite de fuites et de reconstruction. Quand les activités des frères d’Ama deviennent une menace trop prégnante, toute la famille comprend qu’elle doit fuir. Il faut vite traverser la frontière pour trouver refuge à Hendaye – chez une bonne âme prête à les laisser occuper une partie de sa maison – sans même pouvoir prévenir Aïta. Mais le mari et père aura vite fait de retrouver sa famille pour commencer ensemble cette vie qui n’est plus tout à fait la leur mais dans laquelle il va falloir réussir à se faire une place. Avec toujours au cœur, l’espoir de retrouver bientôt l’Espagne natale. Mais nous sommes en 1936 et la guerre ne fait que commencer.

La nostalgie et l’ennui entrent lentement dans le cœur de cet homme dont la vie n’avait, jusque-là, jamais été bousculée. Le destin l’ébranle à l’hiver de ses jours, alors qu’il pensait se reposer tranquillement sur les quelques lauriers qu’il avait patiemment amassés.

Et de départ, il y en aura encore parce qu’Aïta s’éteint à l’usine où ses mains ont perdu leur légèreté et leur douceur depuis que les armes ont remplacé, sous ses doigts, la terre à modeler. A la faveur d’une proposition bienveillante, toute la famille reprend le peu qu’il a réussi à ériger pour s’installer dans une ferme landaise. Ama a l’impression d’avoir à nouveau tout à reconstruire, Aïta l’espoir d’un renouveau plus lumineux mais « être ensemble, c’est tout ce qui compte. »

Dans une langue où affleure sans cesse la poésie et une forme de douceur enveloppante, Léonor de Récondo raconte l’exil – cette fuite qui s’impose et la perte ineffable de ce qui constitue une identité : les couleurs et les odeurs d’un pays, une langue dont Aïta et Ama gardent une trace qui ici les désigne toujours comme les étrangers. Une langue natale qui habite aussi toujours Iduri, Otzan et Zantzu, les trois enfants du couple, se mêlant à la nouvelle. Ces trois-là apprivoisent la bête protéiforme qu’est l’exil et qui forge leurs caractères. Un livre doux qui dit le déchirement mais aussi l’amour indéfectible qui aide à tout affronter. Une jolie surprise qui sommeillait dans ma PAL et va donc rejoindre l’objectif PAL d’Antigone.

Rêves oubliés de Léonor de Récondo. Editions Seuil, collection Points/ 2013.

objectif-pal

 

Publicités

5 réflexions sur “Rêves oubliés – Léonor de Récondo

  1. Je pense que ce roman me plairait… C’est génial quand le livre de PAL s’avère être une petite pépite. De Léonor de Recondo j’ai lu Pietra Viva et Amours. J’avais beaucoup aimé les deux sans en faire pour autant des coups de coeur il me semble.

  2. Comme toi , j’aime ce qu’elle écrit mais ce ne sont pas pour autant des coups de coeur (j’avais lu Amours aussi il y a quelques années).

  3. Ping : Objectif pal de l’été ~ le bilan – Les lectures d'Antigone

  4. Ping : Soleils d’août – 31rst floor

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s