Grossir le ciel – Franck Bouysse

Gus vivait ici, depuis plus de cinquante hivers. C’était en décembre que ce pays l’avait pris et que sa mère l’avait craché sur des draps durs et épais comme des planches de châtaignier, sans qu’il se sente dans l’obligation de crier, comme pour marquer son empreinte désastreuse dans un corps ancestral, une manière de se cogner à la solitude, déjà, dans ce moment qui le faisait devenir quelqu’un par la simple entrée de goulée d’air dans sa bouche tordue.

Qu’il est rude ce petit livre-là ! Rude comme l’hiver qui s’abat sur Les Doges, un coin paumé des Cévennes. Rude comme les habitants de là-haut qui n’ont pour seul compagnon que leur chien et, de temps en temps, un voisin avec qui ils partagent un verre, entourés de silence. Rude comme Gus qui n’aime guère qu’on vienne le déranger. Il vit depuis si longtemps seul, les journées rythmées par les bêtes et les menus travaux, quelque soit le temps. Rude comme Abel aussi, le seul « ami » de Gus : pas de ceux auprès desquels on s’épanche – car on s’épanche pas aux Doges, on voudrait qu’on ne saurait comment faire de toute façon – mais un être solide malgré son âge, toujours là pour le coup de main quand la tâche est trop compliquée pour un seul homme.
La visite incongrue d’un « suceur de bible » marquera pour Gus le début du détraquement de son monde. Un coup de feu, des cris, un empoisonnement, des traces étranges dans la neige, le comportement étrange d’Abel : le monde de Gus bascule irrémédiablement, révélant les secrets les plus profondément enfouis.
Loin du roman policier classique avec enquêteur et suspects, Grossir le ciel marque par son ambiance qui s’épaissit, poisse au fil des pages, laisse un moment Gus et son lecteur souffler puis recommence à peser de tout son poids, alourdi par la neige qui recouvre tout, les morts comme les vivants. L’écriture de Franck Bouysse campe, avec talent, une réalité qui se passe de fantaisies dans laquelle évoluent des êtres bien ancrés dans la terre, malmenés par la vie, des hommes taiseux aux blessures profondes et silencieuses.

Grossir le ciel de Franck Bouysse. Editions La Manufacture des Livres/ 2014

 

Publicités

La maison au bord de la nuit – Catherine Banner

Ce roman, saga familiale située au large de la Sicile sur l’île de Castellamare, ouvre sur l’arrivée d’Amadeo venu s’y installer en tant que médecin. Il devient ainsi une figure locale, le premier médecin installé à demeure à Castellamare. Sur cette île baignée par la chaleur, résonnant des rires et des cris de ses habitants, accrochée à ses croyances – notamment celles entourant Sant’Agata – Amadeo va connaître la renommée, les rumeurs, l’amour, la paternité, une seconde vie aussi. Interdit d’exercer la médecine sur l’île par il Conte d’Isantu, redevenu maire, Amadeo relance l’ancien café du village et s’installe dans cette « Maison au bord de la nuit ». Personnage à part entière du roman, ce café au nom poétique sera le témoin du temps qui passe : la montée du fascisme et de Mussolini, la guerre et les absents qu’elle laisse derrière elle, l’avènement du tourisme, la crise des subprimes et ses conséquences. En son cœur balayé par la grande Histoire, la Maison au bord de la Nuit abrite avant tout l’histoire de l’île et toutes celles de ses habitants. Si Amadeo et sa descendance sur trois générations sont le pivot du roman, ils sont aussi et surtout les dépositaires d’un siècle de tourments, des bonheurs, des rires, des larmes, des naissances, des morts, des départs, des retours, des interrogations, des envies d’ailleurs, des petits et des grands miracles qui auront rythmé l’île. A l’image de ce carnet dont Amadeo n’aura cessé au cours de sa vie de noircir les pages des histoires et légendes murmurées par les habitants de Castellamare.
Agréable page-turner aux personnages véritablement attachants, La maison au bord de la nuit bruisse du chant des cigales, des embruns de la Méditerranée, de l’accent chantant des habitants ce petit bout de Sicile, et fait de Castellamare le reflet d’un monde en pleine mutation.

Merci à Babelio & aux éditions Presses de la Cité pour la découverte de ce roman !

La maison au bord de la nuit (traduit de l’anglais par Marion Roman). Editions Presses de la Cité/ avril 2017

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

goby-unpaquebot

La jeune enfance de Mathilde, c’est le Balto avec Paulot le père et Odette la mère. Un café, place forte du village où tous viennent écouter Paulot et son harmonica le vendredi soir. Paulot qui sait si bien faire danser les gens. Mais l’enfance de Mathilde c’est aussi les bacilles, la maladie, les poumons qui s’épuisent, la peur dans les yeux des voisins et le sanatorium. Paulot puis Odette vont devoir aller s’y soigner – il ne reste alors plus personne pour s’occuper des enfants ni travailler, même peu, pour assurer le quotidien, même chiche. Mathilde est envoyée en famille d’accueil, son frère Jacques dans une autre, pendant qu’Annie, l’aînée, fuit, toute à sa vie, loin des tubards et de leur mauvaise réputation. Mais rien ni personne ne pourra empêcher Mathilde d’aimer ses parents, de rêver de danser dans les bras de son père, de réunir envers et contre tous cette famille dispersée par la maladie.
Quelle bout de femme que cette Mathilde, héroïne du dernier beau roman de Valentine Goby ! Elle lutte, sort les griffes, s’arc-boute, semble déjouer tous les mauvais coups de la vie. Et pourtant elle en prend des claques et du mépris mais jamais, elle n’oubliera Paulot et Odette ni Jacques, quitte à s’oublier elle-même, trop souvent. Roman porté par un amour incommensurable – celui d’Odette et Paulot, celui de Mathilde pour ses parents et son frère -, Un paquebot dans les arbres livre un très beau portrait d’enfant, de fille, de femme tout en nous plongeant dans les affres de cette maladie si redoutée, la tuberculose. Un mal qui réveille toutes les peurs, change les hommes qu’ils soient touchés directement ou non, qui décime les familles à tous les niveaux. Une belle réussite !

#MRL16 : merci à Price Minister pour cette belle découverte, lue dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2016 !

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby. Editions Actes Sud/ 2016

Repose-toi sur moi – Serge Joncour

joncour-reposetoi

Quand d’un coup, on s’embrasse, c’est que vraiment on n’en peut plus de cette distance, même collés l’un à l’autre on a la sensation d’être encore trop loin, pas assez en osmose, de là vient l’envie de se fondre, de ne plus laisser d’espace.

Aurore Dessage, styliste à succès, semble avoir tout pour être heureuse : un grand appartement lumineux et cossu au cœur de Paris, un mari figure du self-made man américain, deux enfants aimants. Mais depuis quelque temps, deux corbeaux ont chassé les tourterelles de la cour d’Aurore et tel un mauvais augure annonçant la fin d’un monde, tout se délite : sa boîte rencontre de grandes difficultés financières, son associé (et autrefois meilleur ami) Fabian ne lui adresse quasiment plus la parole et son mari est toujours trop occupé par ses propres affaires. Aurore se débat, isolée. Sans parler de ce voisin d’en face qu’elle n’apprécie guère – sans toutefois le connaître – et dont elle fait la fracassante et désagréable rencontre. Lui, c’est Ludovic, un grand bonhomme solitaire, comme en exil à Paris pour fuir sa vie d’avant : son enfance campagnarde, son ancienne ferme et la mort de sa femme. Recouvreur de dettes, il sillonne les banlieues de Paris et ses misères depuis deux ans. Pourtant quand Ludovic la débarrasse de ces deux oiseaux de malheur, Aurore plonge, reconnaissante, dans les bras de ce grand gaillard à la force tranquille. Massif et doux, Ludovic devient soudain ce refuge dont elle a tant besoin, cette oreille à qui elle peut enfin se livrer, cette force qui lui manque, un amant avec qui elle redécouvre l’amour. Et Aurore, l’élégante délicate, signe le retour à la vie de Ludovic, celle du sentiment et de la chair. Ces deux-là semblent n’avoir pourtant rien en commun, si ce n’est les failles et les illusions perdues. Chacun, à sa façon, comble les manques de l’autre, habitant l’un et l’autre leurs solitudes respectives. Mais l’amour ainsi surgi, quand on ne l’attend pas, porte sa part d’égarement et de désordre.

A quoi reconnaît-on un grand romancier ? Certainement à sa capacité à inscrire une histoire qui pourrait être banale – mais ici quelle histoire d’amour ! –  dans le monde qui l’entoure. Avec Repose-toi sur moi, Serge Joncour explore, avec une grande acuité, la solitude urbaine au milieu de ce monde grouillant toujours en mouvement, les apparences, les masques, l’amour de la terre – malmenée elle aussi -, la misère créée par nos sociétés de consommation, la mondialisation et ses sacrifices devant les sirènes du profit. Un grand roman !

Rentrée littéraire 2016
Repose-toi sur moi de Serge Joncour. Editions Flammarion/ août 2016

L’éveil – Line Papin

papin-leveil

Cela aurait pu être une banale histoire d’amour entre une jeune fille d’ambassadeur qui s’ennuie et un expatrié plus aventurier sous le soleil d’Hanoï. Mais ce que Juliet n’avait pas prévu, c’est qu’au-dessus de son histoire planerait l’ombre d’une autre. Pendant que la jeune Australienne se pâme d’amour, son amant français, lui, se consume plutôt pour Laura, son ancienne maîtresse impossible à oublier. Lui qui a cherché à fuir cette relation destructrice qu’il ne supportait plus ne réussit pas à faire table rase du passé. Et force est de constater que la gentille Juliet n’est pas Laura…

L’éveil commence étrangement par un long dialogue qui donne presque un ton théâtral à ce début d’histoire, puis, Line Papin nous fait entrer dans l’intime de ses personnages, Juliet et son amant français, et déroule subtilement le fil de cette double histoire d’amour. Il y a de la passion, de la sensualité, de la tragédie dans ce premier roman signé par une toute jeune auteure d’une vingtaine d’années, mais sans eau de rose – il s’agit d’amour brut avec son lot de douceurs, de caresses, de larmes et de blessures. Même si ce n’est pas un coup de cœur pour moi, voilà assurément une nouvelle arrivée dans le monde littéraire qui va se faire remarquer.

NG-pro_reader_120Merci à NetGalley pour la découverte

Rentrée littéraire 2016
L’éveil de Line Papin. Editions Stock/ août 2016

Enregistrer

Là où les lumières se perdent – David Joy

 

joy-laouleslumieresseperdent

Jacob a grandi, comme il pouvait, entre un père dont l’activité de garagiste sert à blanchir l’argent d’activités bien moins avouables et une mère complètement droguée. Bien que lucide et critique sur la situation, Jacob s’est fait une raison : il ne pourra jamais sortir d’ici, de ce bled que de toute façon peu de monde quitte vraiment – ça vous colle à la peau, vous englue et annihile tout forme d’ambition. Mêlé à une sombre affaire de son père qui tourne mal, Jacob tente de refuser la corruption, la violence qui semble être la vie de son père. Et puis il y a Maggie, son ancienne petite amie qu’il n’a jamais cessé d’aimer et qui lui offre à nouveau cet amour dont il se sent indigne. Jacob voudrait réparer les fautes, ne pas trahir, aider mais comment accéder à la rédemption dans un monde où le mal semble la norme ?
Incisif et efficace, Là où les lumières se perdent est un livre qui mord et ne vous lâche plus jusqu’à la dernière page. On assiste, impuissant, à la descente aux enfers de Jacob, être sensible et lucide happé inexorablement par ce monde auquel il voudrait échapper. Un roman dur et sombre qui fait mouche.

NG-pro_reader_120

Merci à NetGalley pour la découverte de ce titre avant parution

Rentrée littéraire 2016
Là où les lumières se perdent de David Joy (traduit de l’américain par Fabrice Pointeau). Editions Sonatine/ août 2016

La prime lumière – Emanuele Tonon

la_prime_lumiere

A travers ce long cri d’amour, Emanuele Tonon dessine les contours de sa mère décédée et dont l’absence soudaine le laisse pantelant. L’auteur revient sur la vie de sa mère, son « amour » comme il l’appelle : jeune fille pauvre de Calabre, mariée de force, elle viendra s’installer dans le nord de l’Italie pour élever son fils « de la honte », né d’un viol. Se sentant comme abandonné après cette mort subite à laquelle il n’était pas préparé, Tonon livre « l’avant et l’après Emanuele » de sa mère mais aussi les dernières années partagées alors qu’il vivait avec elle : le quotidien, les menus agacements, les petits gestes que l’on ne remarque plus à force de promiscuité et qui deviennent soudain douloureusement manquants dans l’absence.

J’ai besoin de faire mémoire de toi (…)

Emanuele Tonon écrit, crie, pleure son regret de ne pas avoir su être un meilleur fils, de ne pas avoir su, quand il en était encore temps, profiter de cette présence si indispensable à son existence. De ce vide incommensurable, il fait un plaidoyer à l’amour filial, fustigeant en passant ce Dieu qu’il a un temps voulu rejoindre (en s’engageant dans les ordres) mais qui lui prend à présent ce qu’il a de plus précieux et qui laisse la pauvreté détruire ses ouailles.

Un beau récit en forme de devoir de mémoire dont je dois la découverte à Babelio et à ses opérations Masse Critique.

La route étroite vers le nord lointain – Richard Flanagan

la_route_etroite_vers_le_nord_lointain

En 1940, le jeune médecin Dorrigo Evans est enrôlé comme officier. Il est alors fiancé à Ella mais juste avant d’embarquer pour la guerre, il vit une intense histoire avec Amy, la jeune épouse de son oncle. Fait prisonnier de guerre par les Japonais, il contribue à la construction en pleine jungle d’une ligne de chemin de fer entre la Thaïlande et la Birmanie, tout en exerçant ses fonctions de médecin dans le camp de fortune. Le chantier pharaonique engloutira des dizaines de milliers d’hommes.
Des décennies plus tard, figure reconnue dans son Australie natale, il se voit confier la préface d’un livre relatant cette sombre (et méconnue) période de l’Histoire. L’homme vieillissant convoque alors les fantômes du passé : les mois passés au camp, la maladie, les amputations, la faim, les morts qui s’entassent, la survie et l’absurdité de ce projet irréalisable. Lui reviennent aussi en mémoire Amy, leur rencontre, le désir qui les a attirés l’un vers l’autre, le temps et le plaisir qu’ils volaient à leurs vies respectives, l’amour incontrôlable qui a pris brusquement fin. Un spectre qui n’a jamais cessé de l’habiter, même si au retour de la guerre, Evans est retourné à sa vie et à ses promesses en épousant Ella.
Roman à l’écriture poétique, La route étroite vers le nord lointain nous conduit au cœur de l’horreur de la guerre et des atrocités dont sont capables les hommes sous couvert de conflit. Mais il dit aussi la solidarité dans les camps et une expérience qui marque à jamais les hommes, les prisonniers comme les bourreaux. Résumer le roman de Flanagan à ce seul épisode (inspiré par la vie de son père qui fut prisonnier dans ce fameux camp) serait injuste car il est aussi traversé par la fulgurance de l’amour, de cette rencontre entre Amy et Dorrigo, qui toujours restera comme une petite fenêtre de lumière. Car la vie ne se résume pas à l’un – l’horreur – ou à l’autre – l’amour – mais à un subtil mélange des deux, un chemin complexe. Un roman puissant et illuminé par le style de Richard Flanagan.

Les avis de Meely, Sylire et Leiloona.

 

logo_prix_relay  logo-babelio
Une belle découverte que je dois à Babelio dans le cadre du Prix Relay 2016.

La route étroite vers le nord lointain de Richard Flanagan (traduit de l’anglais (Australie) par France Camus-Pichon). Actes Sud/ janvier 2016

Quoi qu’il arrive – Laura Barnett

barnett-quoiquilarrive-small
Une fille, deux garçons : trois possibilités. Voilà le postulat de départ de ce roman en forme d’exercice littéraire : raconter à partir de la rencontre de trois personnages, trois chemins de vie. Comme lorsque l’on se demande ce qu’aurait été notre vie si on avait fait tel choix plutôt qu’un autre.
Eva, jeune étudiante de dix-neuf est la petite amie du charismatique David, acteur en herbe au talent déjà certain. Un matin, en se rendant à l’université à vélo, un de ses pneus crève. Jimmy lui propose de l’aide. Une rencontre qui changera, quoi qu’il arrive, le cours de son destin.
A partir de cette rencontre, Laura Barnett imagine trois scénarios : trois versions d’Eva qui a l’ambition d’écrire et du monde qui change autour d’elle de 1958 à 2014. L’amour, le mariage, la maternité, l’ambition, le rapport à l’art, les accidents de la vie, les espoirs déçus, les apparences sont au cœur de ce roman en forme de triptyque. On se laisse prendre au jeu de l’amour et du hasard imaginé par Laura Barnett. Habilement construit, Quoi qu’il arrive évite les écueils du trop fleur bleue, ancrant son héroïne, quel que soit son choix de départ, dans une réalité faite de bonheurs et de larmes, de questionnements, de changements, bref dans la vie, la vraie, où rien n’est tout rose ou tout noir. Un roman agréable mais qui n’est pas cependant pas mon préféré parmi la sélection du Prix Relay 2016.

 

logo_prix_relay  logo-babelio

Lu dans le cadre de la sélection pour le Prix Relay 2016 et envoyé par Babelio.

D’autres avis : Leiloona a vraiment beaucoup aimé, Sylire a été déçue et Clara l’a trouvé très réussi.

 

Quoi qu’il arrive de Laura Barnett (traduit de l’anglais par Stéphane Roques). Les escales éditions/ avril 2016

 

Challenge Femmes de Lettres

Madame_Roland_by_Adélaïde_Labille-Guiard_-_1787Madame Roland par Adelaïde Labille Guiard (1787)

 

George du blog Les livres de Georges a décidé de relancer le challenge Femmes de Lettres initié il y a quelques années par Céline du Blog bleu.
Comme son nom l’indique, il s’agit, vous vous en doutez, de lire, découvrir des écrits de femmes écrivains du XVII au XXIème siècle, toutes nationalités et tous genres confondus.
L’occasion donc pour moi d’aller fouiller dans l’histoire de la littérature « féminine ».
Trois catégories pour ce challenge que je vous laisse aller découvrir . Pour ma part, je ne serai pas trop gourmande et m’inscris dans la catégorie Miss de lettres, soit lire dans l’année (le challenge court du 16 mai 2016 au 16 mai 2017) une auteur par siècle, quelque soit sa nationalité et le genre littéraire.

miss-de-lettres

Women Power !