Boom – Julien Dufresne-Lamy

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Boom a fait le coup de foudre entre Etienne et Timothée, au détour d’un regard. Boom répétait Timothée comme un tic. Boom savait lire Etienne sur les lèvres de son ami. Boom faisaient les coeurs d’ados en partage. Boom c’était le bruit de la vie qui les avait réunis. Boom, c’était l’explosion de joie de deux amis embarqués dans un voyage scolaire pour Londres.

Boom ! …

Boom, ce n’est plus que le souvenir du tic de langage d’un Timothée disparu. Boom, c’est le bruit trop grand autour alors que la mort de Timothée a creusé un vide immense. Boom, c’est le bruit de ces derniers instants que l’on se repasse en boucle. Boom, c’est le bruit du coeur d’Etienne qui explose chaque fois qu’il appelle le répondeur de Timothée pour tenter de tromper le réel. Boom, c’est le bruit du coeur d’Etienne qui s’en veut de battre encore. Boom, c’est le bruit du coup qu’il faut donner quand on touche le fond pour pouvoir remonter.

Boom se lit dans un souffle. Ode à l’amitié, de celle qui vous occupe tout entier, vous laisse des traces indélébiles, Boom est aussi le récit de l’absence, du manque, du deuil, de la culpabilité, de la vie après. Un récit à la fois intime et universel qui aborde les attentats, ses pertes fracassantes, ses questions sans réponse. Intense et bouleversant. « Boom » a fait mon coeur de lectrice.

 

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Merci à Babelio & à Actes Sud Junior pour la découverte de ce beau texte !

 

Boom de Julien Dufresne-Lamy. Editions Actes Sud Junior, coll. D’une seule voix/ 2018.

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Chaussette – Loïc Clément & Anne Montel

Au gré de mes nombreuses flâneries en médiathèque, il m’arrive souvent de piocher dans les coups de cœur proposés par les équipes, notamment aux rayons jeunesse et BD. Cette fois encore, grand bien m’en a pris !
C’est donc sur Chaussette que j’ai jeté mon dévolu – j’y reconnaissais le trait apprécié d’Anne Montel, ce qui est déjà, pour moi, un gage de qualité. Et je me suis laissée embarquer dans les pas de Chaussette, la voisine du jeune narrateur (Josette de son vrai nom). Petite dame solitaire qui n’a pour seul compagnon que son chien Dagobert, Chaussette a des journées réglées comme du papier à musique : un peu de lecture au parc, un tour chez les commerçants du quartier, un peu de cuisine. Et rebelote le lendemain et tous les autres jours.
Aussi lorsque son petit voisin aperçoit Chaussette toute seule un matin et l’air un désorienté, il décide de la suivre pour tirer tout cela au clair. Il découvre alors que derrière la routine rassurante peuvent se cacher toutes les joies et les peines d’une vie.
Gros coup de cœur pour cet album tout en tendresse et sensibilité (autant dans le texte que dans l’image) qui rend hommage à toutes ces petites gens, ces petites vies que l’on croise sans y prêter vraiment d’attention. Une jolie leçon d’empathie.

Chaussette de Loïc Clément (scénario) & Anne Montel (dessins et couleurs). Editions Delcourt Jeunesse/ 2017.

Moi à travers les murs – Annie Agopian & Audrey Calleja

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Des fois ma chambre est une punition.

Lorsqu’il est triste d’avoir été envoyé dans sa chambre, loin du monde des adultes, le petit narrateur chantonne et s’invente des histoires. Son « ennuyeuse » chambre d’enfants devient terrain de toutes sortes d’histoires : un royaume dont il est le souverain, une mer d’aventures de tous genres, un univers entier qu’il peuple de son imaginaire sans limites.

C’est là que je peux inventer des chambres d’aventure et de rêve. Pour m’échapper Moi tout seul, à cheval, à travers les murs.

Signé par Annie Agopian au texte (l’auteur du très beau et universel Dans 3500 mercredis, illustré par la regrettée Claire Franek) et par Audrey Calleja à l’illustration (dont j’aime les 27 premières, Adèle Mortadelle et le travail de manière générale), Moi à travers les murs est une ode à l’imaginaire et à la capacité des enfants à s’inventer des histoires, des ennemis (pas vraiment méchants), des compagnons d’aventure. Un album qui invite aussi, implicitement, à se souvenir de nos propres chambres d’enfant, ces espaces intimes, et des heures passées à y rêver, jouer, s’ennuyer, réinventer le monde.

Quelques pages de l’album à découvrir sur le site d’Audrey Calleja :
http://www.audreycalleja.com/index.php?/nouveau/moi-a-travers-les-murs/

Moi à travers les murs d’Annie Agopian & Audrey Calleja. Editions du Rouergue/ avril 2015

Trööömmmpffff ou la voix d’Elie – Piret Raud

 

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Tout le monde a une voix, se lamentait-elle, les arbres murmurent, la mer hurle et même la pluie chante quand elle tombe.

Elle, c’est Elie, un « drôle » d’oiseau totalement muet. Dépitée et emplie de tristesse de ce manque de voix, Elie trouve un jour sur la plage un objet bizarre. Oh miracle, en soufflant à l’une des extrémités, Elie émet un « trööömmmpffff ! » retentissant. Munie de l’instrument, elle s’en va, fière, faire entendre sa « voix » à tous les animaux de l’île. Non pas que le son soit particulièrement joli mais au moins, Elie n’est plus muette. Mais Albert, un poisson, lui apprend que l’instrument appartient à un autre : Duke Junior, qui, depuis la perte de sa trompette, se retrouve fort peiné et désemparé. Loin de vouloir s’approprier la voix d’un autre, Elie s’envole pour rendre l’instrument à son propriétaire. Une quête qui lui fera découvrir un nouveau « monde » tout de notes tissé.
Première découverte avec Trööömmmpffff ou la voix d’Elie du trait et de l’univers de Piret Raud, illustratrice et auteure estonienne qui a déjà signé plusieurs albums au Rouergue. La mise en page épurée laisse une grande force au dessin de Piret Raud, tout en noir et blanc et gris – proche de la gravure – qui regorge de détails. Elie et ses compagnons ont la rondeur de l’enfance : le tout procure une forme de douceur à cet album qui nous embarque du silence à la musique et rappelle de ne pas confondre bruit et mélodie. A faire découvrir et à faire entendre à nos bambins !

 

Une jolie découverte que je dois à Babelio et son opération Masse Critique spécial jeunesse.

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Trööömmmpffff ou la voix d’Elie de Piret Raud (traduit de l’estonien par Olek Sekki). Editions Rouergue/ avril 2016