Simone et moi – Simone F. Baumann

Ce pavé graphique regroupe une partie de travail de l’artiste suisse Simone F. Baumann, initialement paru en fanzine. De courts épisodes comme autant d’entrées dans le fort intérieur de Simone, jeune femme d’une vingtaine d’années, où se mêlent angoisses diurnes et cauchemars nocturnes. Vivre, affronter chaque jour le monde est une épreuve. Enfant déjà, Simone s’était créé un rituel de petits gestes, d’interdictions quasi maléfiques : de tics en TOC, l’alter ego de l’artiste sombre dans la dépression.
Trait noir et ambiance morose et violente mettent en images l’angoisse, l’hypersensibilité, la difficulté à être au monde. Simone se cogne au mur de la « normalité » qu’attendent d’elle notamment ses parents.

Fais donc au moins un truc positif, une BD avec du bonheur et de la joie.

Alors peut-être dans le dessin, dans l’autobiographie fragmentée trouve-t-elle le courage de continuer, une manière d’affronter les regards un peu plus apaisée. Le livre ne le dit pas mais le travail de Simone F. Baumann fait assurément mouche par la sincérité de cette mise à nu et le pouvoir d’évocation de ses planches à l’encre de chine. Un autoportrait expressif qui concentre les appréhensions, les incertitudes quand on se tient au bord du gouffre entre enfance et âge adulte.

Simone et moi de Simone F. Baumann [traduit de l’allemand (Suisse) par Martin de Halleux avec la complicité de Thomas Ort]. Editions Martin de Halleux/ 2021.

Cette semaine, c’est chez Moka que ça se passe !
Publicité

Un poisson sur la lune – David Vann

Lorsque Jim Vann débarque en Californie, ce n’est pas pour un voyage d’agrément. En pleine dépression, ses tendances suicidaires font de lui un homme dangereux, avant tout pour lui-même. Aussi son frère Doug est-il chargé de veiller sur lui, entre rendez-vous chez le psychiatre et visites familiales. Pour Jim, chaque instant est le dernier : les derniers câlins à ses enfants, la dernière visite à ses parents bien que chacun.e dans sa famille essaie de le rattacher à la vie. Mais sa profonde dépression et son humeur qui joue au yoyo le rendent exécrable, provocateur en diable, en proie aux obsessions. Dentiste aux revenus plus que confortables, Jim n’est plus aujourd’hui qu’un homme poursuivi par le fisc, isolé dans sa maladie et sur les terres glacées de l’Alaska, qui se retourne à regret et impuissant sur ses deux mariages avortés, sur le père qu’il ne sait pas être, sur les choix qui l’ont peut-être conduits là.

– J’ai essayé, Papa, dit Jim. C’est ce que j’ai envie que tu saches, je crois. Je ne me suis pas simplement effondré. J’ai lutté pendant des centaines, peut-être des milliers d’heures.

– Ce n’est pas une lutte, dit son père. C’est la vie. On la vit, c’est tout.

– Ce n’est pas une raison suffisante.

Jim, terrible double littéraire du propre père de David Vann, habitait déjà l’œuvre de l’auteur américain, dans Sukkwand Island notamment ou encore dans les nouvelles du recueil Le Bleu au-delà (chez Gallmeister). Jim, c’est aussi ce père qui s’est suicidé alors que son fils avait 13 ans, marquant à jamais le jeune David. Dans ce roman aux frontières du réel, David Vann explore le fatal mécanisme de l’auto-destruction et nous plonge, trois jours durant, dans un véritable enfer : celui d’un homme à la conscience aiguë qui a renoncé, le sait, le dit, se heurte au refus de ceux qui l’entourent. Un livre pas toujours aisé à lire tant il nous entraîne dans les obsessions, à la fois dérangeant et captivant par son capacité à faire entendre le cri assourdissant d’un homme plongé dans la plus noire des nuits.

Un poisson sur la lune de David Vann [traduit de l’américain par Laura Derajinski]. Editions Gallmeister/ 2019.

Une lecture pour le #challengegallmeister (à retrouver ici) et l’occasion de sortir un livre de ma PAL pour l’objectif PAL d’Antigone.