Indian Creek – Pete Fromm

En acceptant de venir ici, j’avais dans la tête une vague idée de liberté : n’obéir à personne, ne faire que ce que je voulais. Il me semblait maintenant avoir négligé le fait tout simple que, même si je pouvais faire tout ce qui me chantait, et à n’importe quel moment, il n’y avait rien à faire.

En se retrouvant seul devant la tente qui sera son habitat pendant les sept mois à venir, le jeune Pete se remémore, un peu effrayé, les circonstances qui l’ont mené là. Si ses rêves d’aventure et de grands espaces n’y sont pas étrangers, c’est surtout sa naïveté et sa capacité à l’incertitude qui semblent avoir mené le jeu. Et c’est ainsi que le jeune homme est embauché à la surveillance des œufs de saumons à Indian Creek, en plein cœur des Rocheuses. Sept mois de solitude en pleine nature avec un poêle, une tente et une jeune chienne.

J’étais venu ici pour avoir une histoire à raconter, mais il se passa un certain temps avant que je ne trouve quelque chose à dire. 

Désormais classique du nature writing, Indian Creek raconte la nature dans ce qu’elle peut avoir à la fois de plus hostile et de plus enchanteur. Avec beaucoup d’autodérision, Pete Fromm relate cette expérience unique qui a contribué à faire de lui l’écrivain d’aujourd’hui. Son récit teinté d’humour ne cache rien des difficultés rencontrées dans l’isolement et la rigueur de l’hiver. Petit à petit, le jeune homme inexpérimenté va apprendre à apprivoiser la nature environnante, à l’écouter, à se laisser surprendre par sa beauté, à observer les moindres changements. Et lors de ces mois de solitude, c’est aussi lui-même que le jeune Pete va découvrir.

Après un hiver passé à rêver de m’échapper quelques jours, je n’avais plus envie de sauter dans mon camion pour m’en aller. Je restai dans la montagne à regarder le printemps s’installer et transformer mon univers.

Coup de cœur pour cette lecture dépaysante, sortie de ma PAL pour le #challengegallmeister de Chinouk & Readlookhear !

Indian Creek de Pete Fromm [traduit de l’américain par Denis Lagae-Devoldère]. Editions Gallmeister, collection Totem/ 2010.

Et une sortie de PAL, une !
Et une nouvelle escale dans le Tour du Monde en 80 livres imaginé par Bidib

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Encabanée – Gabrielle Filteau-Chiba

Un soir de grand vent ici dans le sud, s’encabaner là-bas à Kamouraska. Auprès d’Anouk, avoir froid – beaucoup -, avoir peur parfois, rêver d’une peau amante, écouter observer céder à la nature plus forte que nous. Ouvrir des livres aussi, compagnons d’insomnie. Mais surtout ne pas renoncer à cet isolement volontaire au plus près des éléments, loin de l’incessant fracas du monde. Parce qu’Anouk a choisi de dire stop, de recommencer ailleurs, de retrouver les gestes d’une vie en accord avec la terre, de tenter d’épouser les contours du monde sans le contraindre.

Cachée dans un recoin de la cabane, j’ai regardé Anouk essayer la vie autrement, à tâtons, et vu s’ancrer en elle la conviction que cette lutte est la bonne parce qu’elle vise l’harmonie. Celle entre soi et le monde autour.

Avec ce premier roman inspiré par son expérience de vie dans les bois du Kamouraska, Gabrielle Filteau-Chiba pose une nouvelle pierre dans le domaine du nature-writing. Plus qu’une simple ode à la nature, Encabanée est une prise de conscience radicale sur la nécessité de se reconnecter à l’essentiel, loin des débordements du monde, ses courses ravageuses et sa folie destructrice. Radical et nécessaire.

Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba. Éditions Le Mot et le Reste/ 2021.