Un poisson sur la lune – David Vann

Lorsque Jim Vann débarque en Californie, ce n’est pas pour un voyage d’agrément. En pleine dépression, ses tendances suicidaires font de lui un homme dangereux, avant tout pour lui-même. Aussi son frère Doug est-il chargé de veiller sur lui, entre rendez-vous chez le psychiatre et visites familiales. Pour Jim, chaque instant est le dernier : les derniers câlins à ses enfants, la dernière visite à ses parents bien que chacun.e dans sa famille essaie de le rattacher à la vie. Mais sa profonde dépression et son humeur qui joue au yoyo le rendent exécrable, provocateur en diable, en proie aux obsessions. Dentiste aux revenus plus que confortables, Jim n’est plus aujourd’hui qu’un homme poursuivi par le fisc, isolé dans sa maladie et sur les terres glacées de l’Alaska, qui se retourne à regret et impuissant sur ses deux mariages avortés, sur le père qu’il ne sait pas être, sur les choix qui l’ont peut-être conduits là.

– J’ai essayé, Papa, dit Jim. C’est ce que j’ai envie que tu saches, je crois. Je ne me suis pas simplement effondré. J’ai lutté pendant des centaines, peut-être des milliers d’heures.

– Ce n’est pas une lutte, dit son père. C’est la vie. On la vit, c’est tout.

– Ce n’est pas une raison suffisante.

Jim, terrible double littéraire du propre père de David Vann, habitait déjà l’œuvre de l’auteur américain, dans Sukkwand Island notamment ou encore dans les nouvelles du recueil Le Bleu au-delà (chez Gallmeister). Jim, c’est aussi ce père qui s’est suicidé alors que son fils avait 13 ans, marquant à jamais le jeune David. Dans ce roman aux frontières du réel, David Vann explore le fatal mécanisme de l’auto-destruction et nous plonge, trois jours durant, dans un véritable enfer : celui d’un homme à la conscience aiguë qui a renoncé, le sait, le dit, se heurte au refus de ceux qui l’entourent. Un livre pas toujours aisé à lire tant il nous entraîne dans les obsessions, à la fois dérangeant et captivant par son capacité à faire entendre le cri assourdissant d’un homme plongé dans la plus noire des nuits.

Un poisson sur la lune de David Vann [traduit de l’américain par Laura Derajinski]. Editions Gallmeister/ 2019.

Une lecture pour le #challengegallmeister (à retrouver ici) et l’occasion de sortir un livre de ma PAL pour l’objectif PAL d’Antigone.

4 réflexions sur “Un poisson sur la lune – David Vann

    1. J’ai eu un peu mal à un moment mais surtout parce que je le lisais de manière décousue (un peu de mal à me concentrer avec la chaotique rentrée). Et puis, une scène dans le bouquin m’a bouleversée aux larmes. Et pour qui s’intéresse à David Vann et à son travail, c’est un livre qui à la fois donne des pistes sur son oeuvre et la complète parfaitement.

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