Toute une époque – Ariane Chemin

Ariane Chemin est une (ra)conteuse. Sous sa plume, le monde qui nous entoure – celui des Unes et des JT du soir – s’humanise. Car voilà certainement le plus grand talent d’Ariane Chemin, journaliste au Monde : l’art du portrait. Derrière les protagonistes d’un mortel fait-divers, sous les gesticulations et les poses d’une célébrité, Ariane Chemin est allée chercher les petits riens qui font l’humain, les histoires d’avant qui expliquent l’aujourd’hui avec un talent qui peu à peu donne chair à ses interlocuteurs/ personnages. Humains, très humains avec leur part de bonté, leurs souvenirs d’amour(s), leurs lots de blessures, leurs vices, leurs espoirs déçus et leurs petits arrangements.

A travers les reportages et enquêtes regroupés dans Toute une époque – couvrant une période de treize années entre 2005 et 2018 – c’est notre monde que la journaliste donne à voir : changements politiques, montée des thèses identitaires, terrorisme mais aussi portraits de cinéaste (ah cette rencontre avec l’ogre Claude Lanzmann !), d’écrivains ou de polémistes. Et puis, à côté du bruit du monde et des gens connus qui passent à la télé, il y a Bouna et Zyed ou encore Rafaël, ces inconnus qui ont eu un jour, bien malgré eux, leurs noms dans les journaux. Leur pseudo célébrité a le goût de la mort, Ariane Chemin leur redonne, le temps d’un article, les couleurs de la vie. Et c’est sans aucun doute là qu’elle me touche le plus.

Toute une époque – Enquêtes et reportages d’Ariane Chemin. Editions Robert Laffont/ 2018.

Un livre découvert dans le cadre d’une opération Masse Critique de Babelio

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Corniche Kennedy – Maylis de Kerangal

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D’abord, il y a la langue de Maylis de Kerangal, haletante, qui nous conduit à toute allure sur une corniche marseillaise cuite par le soleil. Elle tourbillonne au milieu des « petits cons de la corniche », ces gamins échappés des quartiers nord et venus réclamer, dans les rires et le vertige, leur dose de liberté. Libres les regards au dessus de la mer, où les barres d’immeubles ne cassent pas l’horizon, libres les corps qui fendent l’air et l’eau, libres les garçons de vivre un instant l’insouciance de l’enfance. Il y a les codes bien sûr, le chef auto-proclamé, Eddy, porté par son charisme, le petit rebelle, Mario, trop jeune et pourtant déjà tellement âgé, les copains qui se jaugent, se cherchent, s’agacent et se retrouvent dans le même cri quand les têtes émergent de l’eau après le grand saut. Et il y a Suzanne, petite fille riche qui s’ennuie et qui voudrait bien en être. Et puis, il y a Sylvestre Opéra, commissaire cabossé qui fait ce qu’il peut et leur envierait presque leur liberté à ces petits cons-là.

Le temps d’un été, ceux de la corniche vont défier l’ordre établi qui voudrait leur enlever leur liberté de sauter, découvrir les vertiges de l’amour et des hauteurs, oser toujours un peu plus. Ecrasé par l’été brûlant, Corniche Kennedy raconte l’urgence de vivre, l’exaltation des sens pour pallier la violence de la vie, les vies en suspension et les rêves que l’on n’ose à peine effleurer. Un roman tout en tension, comme un saut dans le vide.

Un roman qui sommeillait depuis un bon moment dans ma PAL, de quoi alimenter l’objectif PAL de ce mois-ci chez Antigone.

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Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal. Editions Verticales/ 2008

Boom – Julien Dufresne-Lamy

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Boom a fait le coup de foudre entre Etienne et Timothée, au détour d’un regard. Boom répétait Timothée comme un tic. Boom savait lire Etienne sur les lèvres de son ami. Boom faisaient les coeurs d’ados en partage. Boom c’était le bruit de la vie qui les avait réunis. Boom, c’était l’explosion de joie de deux amis embarqués dans un voyage scolaire pour Londres.

Boom ! …

Boom, ce n’est plus que le souvenir du tic de langage d’un Timothée disparu. Boom, c’est le bruit trop grand autour alors que la mort de Timothée a creusé un vide immense. Boom, c’est le bruit de ces derniers instants que l’on se repasse en boucle. Boom, c’est le bruit du coeur d’Etienne qui explose chaque fois qu’il appelle le répondeur de Timothée pour tenter de tromper le réel. Boom, c’est le bruit du coeur d’Etienne qui s’en veut de battre encore. Boom, c’est le bruit du coup qu’il faut donner quand on touche le fond pour pouvoir remonter.

Boom se lit dans un souffle. Ode à l’amitié, de celle qui vous occupe tout entier, vous laisse des traces indélébiles, Boom est aussi le récit de l’absence, du manque, du deuil, de la culpabilité, de la vie après. Un récit à la fois intime et universel qui aborde les attentats, ses pertes fracassantes, ses questions sans réponse. Intense et bouleversant. « Boom » a fait mon coeur de lectrice.

 

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Merci à Babelio & à Actes Sud Junior pour la découverte de ce beau texte !

 

Boom de Julien Dufresne-Lamy. Editions Actes Sud Junior, coll. D’une seule voix/ 2018.

Konbini – Sayaka Murata

La supérette ou konbini – ces magasins qui fleurissent à tous les coins des villes japonaises et sont ouvertes 24h/24 – semble être pour Keiko Furukura l’endroit parfait, celui elle se sent à sa place en tout cas : un endroit qui la protège du monde alentour et de ses règles si difficiles à comprendre. Au konbini, le manuel de l’employé lui a dicté son sourire, les formules de politesse. Au konbini, il n’y a jamais d’ennui : chaque heure, chaque jour apportent leur lot de gestes à répéter. Au konbini, il y a aussi une petite musique rassurante : le bruit des clients, les bip du scanner, les sons du rangement. Elle est si rassurante cette musique qu’elle tinte à l’oreille de Keiko même une fois rentrée chez elle – elle lui est même nécessaire pour s’endormir chaque soir et refaire le plein d’énergie avant une nouvelle journée au konbini.

« Ah, j’ai bien joué mon rôle d' »humain », me dis-je en observant les réactions de mes deux camarades. Combien de fois ai-je éprouvé ce même soulagement entre les murs de la supérette !

Keiko a découvert le konbini à 18 ans, sous prétexte de petit boulot pendant les études. A trente-six ans, elle y travaille toujours ayant su revêtir le masque de l’employée modèle. Mais au Japon, dans cette société extrêmement normée, personne – ni sa famille, ni ses amies de lycée, ni même ses collègues – ne comprend pourquoi et comment Keiko a pu passer 18 ans de sa vie dans ce petit boulot alors qu’elle n’est ni étudiante ni mariée. Pour celle qui a sans cesse cherché à se faire oublier dans ce monde qu’elle n’a jamais compris, c’est le comble : on ne voit plus qu’elle, on s’interroge, s’étonne, se désole pour elle. Alors quand un nouveau collègue, qui semble lui aussi avoir du mal à trouver sa place, est embauché au konbini, ces deux êtres y voient peut-être l’occasion de donner le change aux gens normaux.

Quel étrange petit roman que ce Konbini ! A travers l’histoire de Keiko, jeune femme dénuée de sentiments qui depuis l’enfance cherche à paraître « normale », pour ne pas peiner ses parents, pour ne pas être montrée du doigt à l’école, pour qu’on oublie qu’elle a passé sa vie au konbini, Sayaka Murata interroge le droit à la différence. En poussant à l’extrême le quotidien aseptisé de son héroïne, Murata semble mettre en abîme la société japonaise et ses codes : finalement, ne serait-ce pas en obéissant à ces injonctions que l’on se désincarne ? Un court roman qui laisse son empreinte subtilement car finalement ce qui se joue là est peut-être l’histoire de nos choix et de nos libertés, parfois bien relatives.

Une jolie découverte que je dois à Kevin du blog Lire le Japon comme si vous y étiez : sa lecture de Konbini est à découvrir ici.

Konbini de Sayaka Murata (traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon). Editions Denoël/ 2018 – Prix Agutakawa 2016.

 

Seules les bêtes – Colin Niel

Evelyne Ducat, la belle bourgeoise blonde installée récemment sur le causse a disparu. On la connaissait peu par ici, elle avait débarqué avec son mari, un enfant du pays parti faire fortune à Paris et qui espérait bien développer quelques juteuses affaires dans sa région natale. Qu’a-t-il donc bien pu lui arriver ?

A travers le récit en filigrane de cette disparition, plusieurs voix se livrent. Chacune porte ses secrets mais toutes ont un point commun : avoir voulu échapper, comme elle le pouvait, à la solitude et à la sécheresse d’une vie sans amour. Dans ce roman choral, on croise une assistante sociale dont le mariage se délite, un berger qui sait à peine ce qu’aimer signifie, une jeune fille paumée qui fonce tête baissée pour un peu d’attention, un jeune homme prêt à tout pour garder l’amour de sa vie, un éleveur naïf bouleversé par la découverte de l’amour. Subtilement Colin Niel tisse les liens entre ces personnages dans cette grande toile qu’est la vie, faisant se percuter les destinées, de la rigueur d’un hiver sur le plateau du Causse à la chaleur écrasante d’une ville africaine.

Très bonne découverte que ce roman et cet auteur ! Seules les bêtes est un roman noir qui sait surprendre tout en livrant, bien plus qu’une sombre histoire de disparition, la réalité crue des solitudes intérieures et du pouvoir parfois destructeur de l’amour.

Parce qu’à force d’être tout seul, t’as appris à te connaître. Tu sais que si ici, au milieu du Causse et de tes animaux, tu te sens pas bien, ça veut dire que dedans, ça sera encore pire. Et alors, tes brebis, tu te mets à les détester comme c’est pas permis. Tu sais qu’elles y sont pour rien, que c’est toi qui les élèves et pas l’inverse, ça change rien. Tu les détestes parce que t’as personne d’autre à détester.

 

Seules les bêtes a atterri dans ma PAL en février 2017 : parfait donc pour participer à l’objectif PAL initié par Antigone.

Seules les bêtes de Colin Niel. Editions Le Rouergue, Rouergue Noir/ 2017. Prix Landerneau – polar – 2017 (euh, il y a vraiment un truc entre la Bretagne et moi là non ?)

Une longue impatience – Gaëlle Josse

1950. Ce soir d’avril, Louis n’est pas rentré et commence pour Anne, sa mère, une longue attente. L’absence de son aîné l’habite et la dévore. Des heures, des jours, des nuits, des semaines, des mois, des années à ne plus vivre que tendue vers ce retour espéré. Et Anne imagine comment elle fêtera le fils prodigue : rien qui ne soit trop beau, trop bon pour lui dire le trou béant qui s’est ouvert quand il est parti. Car depuis, elle vit presque en spectatrice, s’obligeant à continuer à être mère et épouse, à être au monde, un peu. Mais que vaut ce monde lorsqu’un des enfants manque ?

Alors avec Anne, on attend, on espère, on va guetter la mer, affronter le vent et dessiner les contours d’une vie de femme, d’amoureuse, d’épouse, de mère, de veuve, une vie façonnée par la Bretagne et ses éléments, par la mer et ses caprices, cette mer qui donne et qui reprend.

Quel magnifique texte que cette longue impatience ! Une plongée sensible, délicate dans la vie et ses blessures, un ode à l’amour filial dévorant, un hommage aussi à la Bretagne natale de Gaëlle Josse où j’ai la chance de vivre cette année. J’ai refermé ce livre il y a quelques jours, il m’habite encore, affleure plusieurs fois par jour : j’y retourne, y pioche quelques phrases et en ressors chaque fois éblouie.

Je vis avec une absence enfouie en moi, une absence qui me vide et me remplit à la fois. Parfois, je me dis que le chemin qui me happe chaque jour est comme une ligne de vie, un fil sinueux sur lequel je marche et tente d’avancer, de toutes les forces qui me restent. De résister au vent, aux tempêtes, au Trou du diable, aux larmes, à tout ce qui menace de céder en moi. Il me faudrait chercher des arrangements pour enjamber chaque jour sans dommage, mais je ne sais rien des arrangements.

Une longue impatience de Gaëlle Josse. Editions Noir sur Blanc, coll. Notabilia/ 2018.

Grossir le ciel – Franck Bouysse

Gus vivait ici, depuis plus de cinquante hivers. C’était en décembre que ce pays l’avait pris et que sa mère l’avait craché sur des draps durs et épais comme des planches de châtaignier, sans qu’il se sente dans l’obligation de crier, comme pour marquer son empreinte désastreuse dans un corps ancestral, une manière de se cogner à la solitude, déjà, dans ce moment qui le faisait devenir quelqu’un par la simple entrée de goulée d’air dans sa bouche tordue.

Qu’il est rude ce petit livre-là ! Rude comme l’hiver qui s’abat sur Les Doges, un coin paumé des Cévennes. Rude comme les habitants de là-haut qui n’ont pour seul compagnon que leur chien et, de temps en temps, un voisin avec qui ils partagent un verre, entourés de silence. Rude comme Gus qui n’aime guère qu’on vienne le déranger. Il vit depuis si longtemps seul, les journées rythmées par les bêtes et les menus travaux, quelque soit le temps. Rude comme Abel aussi, le seul « ami » de Gus : pas de ceux auprès desquels on s’épanche – car on s’épanche pas aux Doges, on voudrait qu’on ne saurait comment faire de toute façon – mais un être solide malgré son âge, toujours là pour le coup de main quand la tâche est trop compliquée pour un seul homme.
La visite incongrue d’un « suceur de bible » marquera pour Gus le début du détraquement de son monde. Un coup de feu, des cris, un empoisonnement, des traces étranges dans la neige, le comportement étrange d’Abel : le monde de Gus bascule irrémédiablement, révélant les secrets les plus profondément enfouis.
Loin du roman policier classique avec enquêteur et suspects, Grossir le ciel marque par son ambiance qui s’épaissit, poisse au fil des pages, laisse un moment Gus et son lecteur souffler puis recommence à peser de tout son poids, alourdi par la neige qui recouvre tout, les morts comme les vivants. L’écriture de Franck Bouysse campe, avec talent, une réalité qui se passe de fantaisies dans laquelle évoluent des êtres bien ancrés dans la terre, malmenés par la vie, des hommes taiseux aux blessures profondes et silencieuses.

Grossir le ciel de Franck Bouysse. Editions La Manufacture des Livres/ 2014

 

Chaussette – Loïc Clément & Anne Montel

Au gré de mes nombreuses flâneries en médiathèque, il m’arrive souvent de piocher dans les coups de cœur proposés par les équipes, notamment aux rayons jeunesse et BD. Cette fois encore, grand bien m’en a pris !
C’est donc sur Chaussette que j’ai jeté mon dévolu – j’y reconnaissais le trait apprécié d’Anne Montel, ce qui est déjà, pour moi, un gage de qualité. Et je me suis laissée embarquer dans les pas de Chaussette, la voisine du jeune narrateur (Josette de son vrai nom). Petite dame solitaire qui n’a pour seul compagnon que son chien Dagobert, Chaussette a des journées réglées comme du papier à musique : un peu de lecture au parc, un tour chez les commerçants du quartier, un peu de cuisine. Et rebelote le lendemain et tous les autres jours.
Aussi lorsque son petit voisin aperçoit Chaussette toute seule un matin et l’air un désorienté, il décide de la suivre pour tirer tout cela au clair. Il découvre alors que derrière la routine rassurante peuvent se cacher toutes les joies et les peines d’une vie.
Gros coup de cœur pour cet album tout en tendresse et sensibilité (autant dans le texte que dans l’image) qui rend hommage à toutes ces petites gens, ces petites vies que l’on croise sans y prêter vraiment d’attention. Une jolie leçon d’empathie.

Chaussette de Loïc Clément (scénario) & Anne Montel (dessins et couleurs). Editions Delcourt Jeunesse/ 2017.

Carré 35 – Eric Caravaca

Un dimanche soir, aller voir « Carré 35 » d’Eric Caravaca et plonger dans un secret de famille – celui de cette sœur aînée, décédée à l’âge de trois ans et comme oubliée. Cheminer dans les souvenirs et comprendre, petit à petit, avec ce frère qui s’interroge et interroge à haute voix, ce qui a conduit à cet oubli volontaire, à cet effacement orchestré par sa mère. Plus que l’histoire de cette absence, c’est également celle de ses parents qu’Eric Caravaca reconstitue. Une histoire faite de silences : l’histoire d’avant la naissance de son frère, l’histoire d’avant la France, l’histoire d’un drame aussi qui, mêlé à l’histoire d’un pays, le Maroc, marquera à jamais, pour les parents du réalisateur, la fin d’une époque. Un film comme un étrange écho au puissant roman d’Alice Zeniter, L’art de perdre. Comme le personnage de Naïma dans le roman, Eric Caravaca remplit les vides d’une histoire qu’on ne lui a jamais racontée : le pays de l’enfance du père, de l’insouciance, la violence des guerres d’indépendance, les larmes et l’exil. Le Maroc chez Caravaca comme un miroir de l’Algérie de Zeniter.

Eric Caravaca signe avec « Carré 35 » un film documentaire intime, sans voyeurisme, troublant et touchant. « Je ne leur reproche rien. Les parents d’un enfant mort ne savent pas ce que leur douleur fait à celui qui est vivant. » écrivait Annie Ernaux dans son très beau texte L’autre fille (Editions NIL, coll. Les Affranchis/ 2011) – elle aussi a découvert par hasard, à l’âge de dix ans, qu’elle avait une sœur aînée, décédée avant sa naissance. Eric Caravaca ne dit pas autre chose dans cette œuvre qui ne juge pas, mais fouille, enquête, interroge pour mieux cerner, jauger le poids des histoires de famille qui laissent, toujours, leur empreinte au creux de chaque génération.

« Carré 35 » d’Eric Caravaca/ écrit par Eric Caravaca et Arnaud Cathrine (2017)

Avril dans les bulles

Le mois d’avril aura été riche côté lectures, notamment en romans graphiques et autres BD. Avant tout, il me faut remercier chaleureusement le réseau de lecture publique toulousain dont la médiathèque José Cabanis qui approvisionnent si bien et si régulièrement leurs rayons de nouveautés. 😉

  • Hans Fallada – Vie et mort du buveur de Jakob Hinrichs (traduit de l’allemand par Laurence Courtois)/ Denoël Graphics (2015) : Jakob Hinrichs mêle le roman Vie et mort du buveur d’Hans Fallada à la propre biographie chaotique de son auteur dans un roman graphique hommage au grand écrivain allemand.
  • La vengeance est un plat qui se mange froid et même très froid dans Le linge sale de Rabaté & Gnaedig/ Vents d’Ouest (2014) : une histoire qui ne m’a pas emballée plus que ça.
  • Une délicate évocation de l’adolescence servie par un graphisme superbe : Jane, le renard et moi d’Isabelle Arsenault et Fanny Britt/ La Pastèque (2013). Un de mes coups de cœur du mois !
  • Quatre mains pour évoquer l’enfance de ces deux gamines qui ont grandi non loin l’une de l’autre avec pour point commun, la peur. Celle qu’on instille en pensant protéger, celle qui tait aussi son nom, qui surgit au détour d’une information au journal télévisé et plane, omniprésente : Pendant que le loup n’y est pas de Valentine Gallardo & Mathilde Van Chelluyre/ Atrabile (2016).
  • Une autre jolie découverte chez Atrabile : J’ai tué Geronimo de Cédric Manche & Loo Hui Phang (2007), un roman graphique entre mensonges et faux-semblants… Troublant.
  • Lou Lubie que je connais depuis ses toutes premières publications réunionnaises (et même depuis bien plus longtemps encore…) livre avec cet album un témoignage (et un ouvrage didactique) sur la pathologie dont elle souffre (et qui a mis bien longtemps à être diagnostiquée) et qu’elle a peu à peu appris à apprivoiser : la cyclothymie. Goupil ou face de Lou Lubie/ Vraoum éditions (2016).
  • Grâce à un partenariat Babelio, j’ai pu découvrir le premier roman baigné par le soleil sicilien de Catherine Banner, La maison au bord de la nuit dont je vous ai déjà parlé ici.
  • Je ne pouvais pas ne pas emprunter ce nouveau titre de Thierry Murat ! J’ai découvert son travail graphique avec Les larmes de l’assassin (adapté du roman d’Anne-Laure Bondoux) puis Au vent mauvais (sur un scénario de Rascal), tous deux également édités chez Futuropolis (ah cette maison, je l’aime vraiment d’amour !). Cette fois, Murat signe également le scénario de ce très bel album où l’on suit les interrogations d’un homme parti en expédition photographique à la rencontre des Indiens et assistant, impuissant, à leur inexorable massacre. Réflexion sur la photographie, son rôle de témoin mais aussi sur la place que l’on donne à ses véritables envies, à ses aspirations souvent en contradiction avec le rôle que la société attend de nous, Etunwan est un album puissant. Le travail graphique très cinématographique de Murat nous immerge complètement dans le récit, au plus près du narrateur. A découvrir ! Etunwan, celui qui regarde de Thierry Murat/ Futuropolis (2016). Mo en parle très bien ici.
  • Cette fois ce sont les blogueuses que je remercie, du moins, toutes celles qui, mordues de ce fameux Paul, m’ont incitée à aller découvrir les albums de Michel Rabagliati. Une première rencontre donc avec le héros québécois dont l’accent a vite envahi ma chambre. Il est affaire de quotidien, rien de bien rocambolesque ou d’extraordinaire et pourtant ça fonctionne : on s’attache à Paul et sa douce, on sourit et s’attendrit de leur émotion de jeune couple devant cette nouvelle vie à deux qui s’annonce. En quelques pages à peine, on sent bien que Paul est devenu notre nouveau copain et qu’on est prêt à le suivre partout, à la pêche, à la campagne, au parc… 😉 D’ailleurs une autre aventure m’attend déjà dans ma PAL. Paul en appartement de Michel Rabagliati/ La Pastèque (2004).
  • Un peu en avance sur la saison, j’ai plongé à pieds joints dans l’été avec la jolie mimi adorable série de Zidrou & Jordi Lafebre, Les beaux étés. C’est notamment chez mon amie Laure que j’avais repéré cette pépite. Que dire ? C’est beau, c’est doux, c’est tendre, c’est joyeux comme l’été, ça a le goût de l’insouciance des vacances même si la vie cogne parfois, faisant fi de la saison. C’est revigorant et en ce moment, on a bien besoin ! Les beaux étés – tome 1. Cap au Sud ! & tome 2. La calanque de Zidrou et Jordi Lafebre/ Dargaud (2015 & 2016). Et… sortie du tome 3 le 2 juin !
  • J’ai retrouvé avec plaisir la suite de la bio dessinée de Riad Sattouf : le jeune garçon fait ce qu’il peut, comme il peut pour s’intégrer dans sa nouvelle vie au Moyen-Orient, notamment à l’école où sévit une maîtresse tyrannique qui ne jure que par le Coran. L’arabe du futur 2 – Une jeunesse au Moyent-Orient (1984-1985) de Riad Sattouf/ Allary éditions (2015).
  • Emotion garantie avec cet album touchant de Fabien Toulmé dans lequel il livre, sans masque, le choc des premiers jours, semaines, mois qui ont suivi la naissance de sa fille trisomique. Un album qui m’a rappelé celui tout aussi poignant de Jérôme Ruillier, Le coeur-enclume (éditions Sarbacane) découvert il y a quelques années. Ce n’est pas toi que j’attendais de Fabien Toulmé/ Delcourt (2014).
  • Le temps des sauvages (adapté du roman Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Guntzig) de Sébastien Goethals/ Futuropolis (2016) que j’ai pioché par hasard (la preuve il s’agit d’une dystopie, ce qui n’est, en général, pas ma tasse de thé – enfin disons que je n’y vais pas naturellement dès lors qu’il s’agit ou de fantastique ou de futur plus ou moins proche). C’est un polar bien ficelé et énergique où les hommes quand ils ne sont pas des loups ne sont de toute façon plus tout à fait humains car génétiquement modifiés pour être plus performants et où la société de consommation, grandes enseignes et marques dictent leurs lois. Bref un futur pas si lointain… qui fait froid dans le dos.
  • C’est parce que Désirée et Alain Frappier étaient récemment à Toulouse pour la sortie de leur dernier album (euh j’ai raté les rencontres hein !) que je me suis intéressée à leur travail plutôt axé sur la BD sociale et historique (L’Algérie, la lutte pour l’avortement entre autres). La vie sans mode d’emploi, lui, est un récit autobiographique, celui d’une période de la vie de Désirée Frappier, alors qu’elle arrive à Paris – elle qui rêvait d’Hollywood – au début des années 80. A travers ses envies, ses déceptions, ses galères, ses histoires de couple, sa maternité, les deux auteurs livrent une véritable histoire des années 80 : musique, mode, politique, mobilisation des étudiants, etc. Véritable référence sur cette période, La vie sans mode d’emploi frôle peut-être parfois l’exercice pédagogique mais reste un bon témoignage de ces années tout feu tout flammes.  La vie sans mode d’emploi – Putain d’années 80 de Désirée et Alain Frappier/ Editions du Mauconduit (2014).
  • A partir de l’histoire de son grand-père qui a fui l’Allemagne nazie, Fanny Michaëlis livre un récit noir sur la guerre et la folie des hommes. Très peu de texte dans cet album étonnant par la force d’évocation des dessins. Le lait noir de Fanny Michaëlis/ Cornelius (2016).
  • Otto, l’homme réécrit de Marc-Antoine Mathieu/ Delcourt (2016) : Déception avec cet album que j’avais repéré depuis un moment en librairie. Je l’ai trouvé bavard et suis passée totalement à côté…
  • Découvert grâce aux chroniques enthousiastes et émues d’Antigone, Noukette et Jérôme, ce petit livre-là a aussi fait boum boum dans mon cœur. Montauban, une terrasse de café ensoleillée, j’ouvre A ma source gardée. Je le dévore d’une traite car comment abandonner Jeanne, cette toute jeune fille qui livre un grand cri d’amour – elle qui a déjà été « abandonnée » par Lucas ? Lui, c’est le garçon de l’été et puis des autres vacances, celui qu’elle retrouve pour faire l’amour et se sentir aimée. Celui qu’elle aime d’un amour sans retour. Un joli roman sensible et poignant. A ma source gardée de Madeline Roth/ Thierry Magnier (2015).
  • L’amour ferme les yeux (traduit de l’allemand par Volker Zimmermann) de Line Hoven/ L’agrume (2013) : voici encore un album repéré il y a un moment en librairie – j’en avais tout de suite aimé le titre et les illustrations à la carte à gratter. Line Hoven livre l’histoire de sa famille qui croise la grande Histoire : un de ses arrière grands-pères est allemand, élevé dans les Jeunesses Hitlériennes, l’autre est américain et a tout fait pour se faire enrôler, en vain, pendant la seconde Guerre Mondiale. Le fils de l’un fera la connaissance et épousera la fille de l’autre qui deviendront les parents de la narratrice. A travers quelques épisodes de vie et des reproductions de photos de famille, Line Hoven reconstitue, par petites touches et beaucoup d’ellipses, l’histoire originale de sa famille. Mais il manque quelque chose à cet album, un supplément d’âme, un peu de profondeur et de sentiment sans doute pour en faire un beau livre. Dommage !
  • Oh là là là là, comment vous parler du Groupe, le dernier opus jeunesse de Jean-Philippe Blondel ? Je pourrais vous dire qu’à travers ce récit d’un atelier d’écriture qui réunit quelques jeunes de terminale et deux professeurs pendant cinq mois, Blondel évoque subtilement le pouvoir de l’écriture. Chacun se dévoile plus qu’il n’aurait voulu, se révélant parfois à lui-même. Et Blondel, lui, nous même gentiment et fort agréablement par le bout du nez entre fiction et réalité. C’est fort, beau, émouvant, intrigant, troublant, ça habite longtemps. Ça vous va là ? A lire le très joli et juste billet de Laure : ici (et encore merci à elle de m’avoir fait un jour découvrir les livres de Jean-Philippe Blondel). Le groupe de Jean-Philippe Blondel/ Actes Sud Junior (2017).
  • Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon/ Editions Joëlle Losfeld (2017) : repéré dans la sélection de la nouvelle session des 68 premières fois, il s’agit d’un premier roman paru à la dernière rentrée littéraire d’hiver. Biographie romancée et hommage à Erik Satie, le roman a des allures de partition musicale dans son rythme si particulier. Mais si la magie a opéré au départ, le soufflé est un peu retombé en cours de lecture : une impression de tourner en rond parfois comme si l’auteur s’était peut-être un peu perdue en focalisant trop sur le style.
  • Alors qu’elle s’apprête à recevoir ses parents, une femme se livre à l’employée venue cuisiner. Elle est étrangère, ne comprend pas le français mais elle est là et c’est finalement ce qui compte. Là pour entendre l’évocation d’une vie et des blessures enfouies. Je suis restée un peu à distance de cette femme que je n’ai pas vraiment réussi à cerner, même si la fin du texte éclaire un peu le reste. Une légère blessure de Laurent Mauvignier/ Les éditions de Minuit (2016).
  • La forêt des renards pendus (d’après le roman d’Arto Paasilinna) de Nicolas Dumontheuil/ Futuropolis (2016) : entre Paasilinna et moi, y a un truc, c’est sûr alors une BD qui adapte le roman par lequel j’ai découvert cet auteur, je ne pouvais pas passer à côté. Et grand bien m’en a pris puisque j’ai retrouvé avec plaisir les personnages loufoques, l’histoire rocambolesque et cet humour si particulier à Paasilinna. Une adaptation très réussie !

Ouf ! c’est fini ! Et dire que je m’étais dit : « allez, toi qui as tant de mal à te remettre à chroniquer tes lectures, tente au moins un bilan en une ou deux phrases… »

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